Gestion de projet: défis, tendances et conseils

Entretien avec Rolf Bielser, directeur de la société Computare GmbH

«Flexibilité, agilité, interdisciplinarité – autrefois, ces notions étaient très tendance. Aujourd’hui, c’est le vocabulaire de base.» Rolf Bielser, CEO de Computare GmbH, explique les tendances et les défis de la gestion de projet, tout en donnant des conseils aux entreprises et aux employés.

L’importance de la gestion de projet ne cesse d’augmenter en raison du nombre croissant de projets dans de nombreuses entreprises. Comment une entreprise peut-elle accompagner ses employés dans cette évolution?

Dans un projet, l’être humain doit toujours tenir la place centrale, et il faut que cela reste clair. Les projets sont souvent dominés par la technologie – soit parce qu’ils tournent justement autour de la technologie, soit parce que la planification et la mise en œuvre se concentrent beaucoup trop sur les outils de gestion technique utilisés. Or il faut comprendre qu’en réalité, la technologie est tout simplement un moyen pour parvenir à une fin et que les projets sont toujours menés à bien par des personnes. Nous avons constaté que les projets qui réussissent le mieux impliquent des notions telles que l’esprit d’équipe, le leadership et la motivation; les compétences méthodologiques et relationnelles sont également prises au sérieux et développées de manière systématique. C’est d’ailleurs l’essentiel de notre portefeuille: compétence méthodologique dans la gestion de projets, compétences relationnelles pour les managers et les employés et – last but not least – la connaissance et la compréhension des processus.

Vous avez une longue expérience en gestion de projets. Qu’est-ce qui rend votre travail de chef de projet particulièrement intéressant?

Les gens, encore et toujours. Bien entendu, nous sommes tous conscients qu’une vision ne peut devenir réalité que si des projets adéquats en découlent et sont mis en œuvre avec succès. Sans projets réussis, les meilleures idées ne serviraient à rien. Mais les statistiques le montrent: seul un faible pourcentage de projets sont mis en œuvre dans le respect des délais, de la qualité et du budget. Le potentiel est donc énorme! Les projets sont toujours de grands défis dans lesquels l’esprit d’équipe, la compétence, la flexibilité, le leadership, etc. peuvent et doivent se développer pleinement. C’est dans ce cadre qu’il se décide si de bonnes idées aboutissent à de bons résultats, si les entreprises ont du succès ou non, si les ressources sont utilisées judicieusement. Passionnant, n’est-ce pas?

Qu’est-ce qui a changé dans la gestion de projet ces dernières années et où voyez-vous des tendances?

Le cycle de vie des projets est beaucoup plus court. Les bases de planification et les visions changent parfois dès la phase de développement, mais presque toujours lorsqu’on est en plein dans la mise en œuvre. Flexibilité, agilité, interdisciplinarité: autrefois, ces notions étaient très tendance. Aujourd’hui, c’est le vocabulaire de base.

Selon vous, quels sont les plus grands défis auxquels sont confrontés les chefs de projet?

Les projets se déroulent selon un étrange schéma qui est un mélange entre planification minutieuse et réaction flexible aux imprévus. Pour y faire face, il faut des compétences méthodologiques solides et une grande capacité à résoudre les problèmes. Mais la compétence directionnelle est aussi essentielle: le «leadership» d’un chef de projet qui doit sans cesse trouver un équilibre entre des facteurs aussi divers que la motivation, la fiabilité, la créativité, l’ambition, l’esprit d’équipe et l’engagement personnel, et ceci surtout lorsqu’un projet entre dans une phase difficile. L’une des tâches les plus complexes est souvent de maintenir l’atmosphère constructive et la motivation de l’équipe dans les phases troubles, d’éviter de pointer du doigt et de faire naître un sentiment de frustration. Dans ce cas, il ne faut jamais perdre de vue le but commun. Les projets sont humains!

Quels sont les risques liés à la gestion de projets à l’échelle de plusieurs organisations ou sites?

Il est toujours difficile de diriger des équipes sur plusieurs sites ou organisations. Les êtres humains sont des êtres sociaux avec une communication complexe. Lorsqu’on réalise que la communication verbale ne représente qu’une fraction de notre communication, on prend rapidement conscience de la quantité d’informations importantes qui peuvent être perdues dans l’équipe de projet. En particulier, les idées «inachevées», les préoccupations pas «encore» exprimées, etc., qui pourraient être pertinentes pour le succès du projet, sont souvent perdues. Un chef de projet avec des équipes réparties localement doit savoir communiquer avec finesse et posséder d’excellentes compétences méthodologiques pour une gestion de projet et une communication virtuelles. Cela démontre, une fois de plus, combien les compétences relationnelles sont essentielles.

Parlez-nous d’un projet que vous avez géré et qui vous a beaucoup appris, et expliquez-nous pourquoi?

J’aime faire la comparaison avec les échecs: «Tu dois perdre une partie pour apprendre!»

Les projets les plus instructifs ont été et sont pour moi des projets qui m’ont fait atteindre mes limites, qui m’ont peut-être même obligé à les dépasser. Quiconque croit qu’un chef de projet expérimenté peut mener à bien n’importe quel projet de manière sûre et simple est un grand naïf. Je constate encore et toujours qu’il nous arrive à tous de nous tromper sur l’évaluation de la situation de départ, des conditions cadres ou des risques.
On est alors obligé de corriger le tir, de revoir toute la planification et de résoudre les problèmes. C’est normal, épuisant, mais extrêmement instructif. L’essentiel est de continuer à travailler de manière professionnelle, structurée et motivée, même dans des situations complexes – et toujours en équipe.

La leçon la plus importante que j’en ai tiré, c’est de ne jamais faire cavalier seul dans les situations de crise, mais de miser encore plus sur la force de l’équipe. Je préfère donc ne pas trop parler des projets les plus édifiants (rires).

Quelles compétences particulières faut-il maîtriser pour réussir à gérer des projets à l’avenir? Et comment les acquérir?

Les chefs de projet doivent être dotés de toute une ribambelle de compétences! Il y a bien évidemment les compétences méthodologiques. Mais celles-ci peuvent être acquises dans le cadre de formations. Cela dit, soyons clairs: un cours ou une formation n’est que le premier pas vers un univers immense! Seules les personnes qui sont curieuses et qui ne cessent de recueillir des connaissances, des idées et des best practices, et qui les testent et y réfléchissent, feront de réels progrès. Un chef de projet n’a jamais fini d’apprendre...

Il faut ensuite des qualités telles que la capacité à travailler sous pression, la résistance au stress, l’esprit d’équipe, mais aussi la capacité à savoir s’imposer et à convaincre. Les compétences relationnelles dans des domaines comme la communication, l’animation et la présentation, la gestion des conflits, etc. sont également indispensables. Bref, les chefs de projet sont des individus aux multiples facettes!

A la tête de Computare GmbH, Rolf Bielser est enseignant dans les Ecoles-clubs de Bâle et de Lucerne; il est chargé de différents modules dans le cadre de la formation Gestion de projet.

 

 

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